Une ASSC à la main verte

Audrey Perrottet, 29 ans, cumule deux activités professionnelles: elle travaille à la fois pour le Réseau Santé de la Sarine en tant qu’assistante en soins et santé communautaire (ASSC) et comme fleuriste. Elle est ravie de pouvoir concilier deux métiers qu’elle affectionne et pour lesquels elle s’est formée. Retour sur le parcours de cette Fribourgeoise qui apprécie le contact qu’offrent ses deux emplois.

Dans certains métiers, la fin de l’année n’est pas synonyme de repos bien mérité. Lorsqu’on est soignante ou fleuriste, par exemple, la période est relativement chargée. Audrey Perrottet, elle, a choisi d’exercer ces deux métiers en parallèle. Depuis le mois de mai 2019, la jeune femme de 29 ans, qui vit à Avry-devant-Pont dans le canton de Fribourg, travaille à la fois comme assistante en soins et santé communautaire (ASSC) au service d’aide et de soins à domicile du Réseau Santé de la Sarine, à 80%, et comme fleuriste, à 20%.

Si pour certaines personnes jongler entre deux emplois constituerait une source de stress, ce n’est pas le cas pour cette future trentenaire issue d’une fratrie de quatre enfants et mariée récemment. Au contraire, cela contribue à son épanouissement professionnel. «Ce rythme me convient très bien. J’ai trouvé le bon équilibre», sourit Audrey Perrottet. «Pour moi, comme pour mes deux employeurs, il est évident que mon travail aux soins à domicile reste la priorité», précise celle qui est détentrice de deux certificats fédéraux de capacité (CFC), l’un d’ASSC et l’autre de fleuriste.

Un besoin d’échanger
Le fait d’avoir beaucoup de travail pendant les fêtes ne la dérange pas, car la Gruérienne aime le côté stimulant de ses deux activités professionnelles. «Les journées passent extrêmement vite», assure-t-elle. «Il faut dire qu’aux soins à domicile, les clientes et les clients sont toujours contents de nous voir. Ils nous remercient tout le temps. On voit qu’on leur fait du bien et qu’on les sort parfois de leur solitude.» Ses vacances, Audrey Perrottet les prendra quand la plupart des gens retourneront au bureau, au début du mois de janvier. En attendant, elle s’active en ce 20 décembre dans la petite boutique de fleurs où elle est employée un jour par semaine. Située à Bulle (FR) à proximité de la gare, l’enseigne donne des envies de soleil et d’évasion: elle porte le nom de «Juin-Juillet».

Accueillant, l’endroit propose différentes variétés de fleurs coupées et de plantes exposées harmonieusement dans le magasin. Alors que Noël approche à grands pas, le travail ne manque pas pour Audrey Perrottet – entre les décorations de table et les bouquets d’hiver à confectionner, les livraisons à effectuer et la clientèle à conseiller. «L’aspect relationnel est l’un des points communs à mes deux activités. Dans le métier de fleuriste, le relationnel est cependant différent que dans les soins. En comparaison, la relation avec la clientèle est succincte», affirme celle qui a achevé son apprentissage de fleuriste en 2017. «Depuis toujours, j’ai besoin d’échanger avec d’autres êtres humains. C’est important dans ma vie en général», poursuit-elle, tout en se décrivant comme une personne «sociable».

Deux métiers familiers
L’intérêt d’Audrey Perrottet pour les deux professions qu’elle exerce aujourd’hui remonte à son enfance. «J’ai toujours aimé la nature et les fleurs en particulier. Petite, j’appréciais déjà le fait de ramasser des fleurs dans les champs pour les apporter à la maison. Mais le côté artistique du métier de fleuriste, je le dois à mon grand-papa. Il était sacristain et faisait lui-même les arrangements floraux qui décoraient l’église où il officiait. Enfant, je l’observais et j’étais impressionnée par son travail», raconte l’amoureuse de la nature. Avant de se diriger vers les soins, Audrey Perrottet a d’abord effectué des stages dans des magasins de fleurs durant l’école obligatoire. «C’est un domaine dans lequel je me suis toujours sentie à l’aise. A l’époque, ce qui m’a retenu de me lancer dans un apprentissage de fleuriste, c’était la difficulté de trouver un poste de travail après l’apprentissage.»

Quant au métier de soignante, Audrey Perrottet l’a découvert dès son plus jeune âge: sa maman travaille dans un établissement médico-social (EMS) depuis bientôt trente ans. D’abord employée comme infirmière assistante, elle occupe aujourd’hui la fonction d’ASSC à la suite d’une validation des acquis de l’expérience. «Au début, elle faisait surtout des veilles et mes frères, ma sœur et moi n’avions pas une image très positive de son travail. Mais à force de l’écouter parler de l’aspect relationnel de son métier, nous nous sommes intéressés à ce qu’elle faisait», explique Audrey Perrottet. «Ma sœur est d’ailleurs devenue infirmière en néonatologie et l’un de mes frères envisage de devenir physiothérapeute, soit également un métier du secteur de la santé.»

Pendant sa formation d’ASSC, Audrey Perrottet accumule les expériences en EMS et dans le milieu hospitalier. En 2012, après sa maturité, elle bifurque vers le domaine du social et trouve un poste d’aide éducatrice dans un foyer pour personnes en situation de handicap, où elle anime principalement des ateliers destinés aux adolescents de l’institution. Mais un évènement survient dans sa vie privée: son ami apprend qu’il est atteint d’un cancer. «Le fait de l’accompagner régulièrement à l’hôpital pour ses traitements et examens m’a donné l’envie de retourner dans les soins. En même temps, je travaillais avec des jeunes parfois agressifs, ce qui devenait pesant», raconte Audrey Perrottet. 

Un changement de cap à 25 ans
Elle obtient alors une place à l’hôpital fribourgeois (HFR) en tant qu’ASSC. Après plusieurs mutations à l’interne, elle se retrouve dans un service de médecine dans lequel le personnel est régulièrement en sous-effectif. «On enchaînait les remplacements et les heures supplémentaires», se ­remémore Audrey Perrottet. Après deux années dans ces conditions peu enviables, elle ressent un besoin de changement et décide de réaliser des stages d’ambulancière. Bien que les stages lui plaisent, elle continue de chercher sa voie. A ce moment-là, l’idée de se former comme fleuriste refait surface. Agée alors de 25 ans, elle trouve rapidement une place pour débuter un apprentissage sur deux ans. «C’était particulier de retourner sur les bancs de l’école, car les autres élèves avaient 18 ans. Mais j’ai obtenu de très bonnes notes, sans trop d’efforts», se souvient-elle.

A 27 ans, Audrey Perrottet achève sa formation de fleuriste en terminant première de sa volée. Tandis que la plupart de ses camarades peinent à trouver un emploi, elle est engagée pour un remplacement dans un magasin de fleurs à Fribourg. Cependant, son employeur se retrouve dans l’impossibilité de renouveler son contrat. Et Audrey Perrottet se rend compte qu’elle a quelque peu «idéalisé» le métier de fleuriste. «C’est un secteur où les places de travail sont rares et les salaires peu élevés. Et comme on travaille tous les samedis, mais aussi beaucoup pendant les fêtes, on accumule vite les heures supplémentaires», constate-t-elle.

A la recherche d’un nouvel emploi, la jeune femme postule comme fleuriste et, en même temps, comme ASSC. Elle envoie sa candidature non seulement auprès d’EMS, mais également auprès d’organisations d’aide et soins à domicile – les soins à domicile étant une branche qu’elle serait curieuse de découvrir. «Mais après trois ans sans avoir réalisé de soins, j’appréhendais un peu de retourner dans ce domaine, car j’avais peur d’avoir oublié certains gestes techniques», confie-t-elle.

La découverte des soins à domicile
Au printemps 2018, son profil retient l’attention de la ­direction du Réseau Santé de la Sarine, qui souhaite la rencontrer. Lors de son entretien d’embauche, Audrey Perrottet tâte le terrain pour savoir si elle aurait la possibilité de concilier un jour sa passion pour les fleurs avec son métier d’ASSC. Sentant son futur employeur ouvert à la question, elle accepte avec joie de rejoindre l’équipe d’aide et de soins à domicile de l’antenne de Neyruz (FR), qui compte une trentaine de collaboratrices.

Après deux semaines de suivi et d’accompagnement sur le terrain, elle part seule en tournée. «C’était très différent de tout ce que j’avais pu vivre jusque-là», se souvient l’ASSC. «Aux soins à domicile, même si on fait partie d’une équipe, on travaille avec une grande indépendance. Cette autonomie est très valorisante.» Ce qu’elle apprécie le plus, c’est la relation qu’elle entretient avec les personnes dont elle s’occupe. «Ce sont pour la plupart des personnes âgées qui s’intéressent à nous, à notre situation familiale», explique Audrey Perrottet. «Je trouve que c’est normal de leur dévoiler certaines choses sur nous, car nous savons de nombreuses choses sur elles et elles nous laissent entrer dans leur intimité.» Soudain, son visage s’illumine: «Aux soins à domicile, j’ai retrouvé le côté relationnel qui me manquait beaucoup à l’hôpital.»

Près d’un an après ses débuts au service d’aide et de soins à domicile de l’antenne de Neyruz, l’opportunité d’avoir un poste de fleuriste à temps partiel se présente à Audrey Perrottet. Elle est contactée par la responsable du magasin «Juin-Juillet», à qui elle a déjà donné des coups de main à Noël ou lors de la Saint-Valentin. Avant de prendre une décision, elle consulte d’abord sa cheffe directe, dont la réaction s’avère positive. «Elle s’est réjouie pour moi car elle savait que j’avais récemment terminé mon apprentissage de fleuriste. J’ai alors pu baisser mon taux d’activité de 100 à 80%», raconte Audrey Perrottet, qui est la seule collaboratrice de l’équipe à avoir deux employeurs.

Reconnaissante et flexible
Reconnaissante, elle cherche désormais à se montrer le plus flexible possible. «J’ai beaucoup de chance d’avoir une cheffe qui essaie, dans la mesure du possible, de me libérer un jour fixe dans la semaine pour que je puisse travailler au magasin. Le fait de faire partie d’une grande équipe, dans laquelle les taux d’activité varient, facilite probablement la planification des interventions», relève-t-elle.

Priscilla Bozzini, responsable de l’antenne de Neyruz, confirme que l’activité secondaire d’Audrey Perrottet ne pose aucun problème au sein de l’équipe. «Lors de son engagement, Audrey avait déjà manifesté son intérêt de pouvoir éventuellement descendre son pourcentage de travail pour conserver une activité dans le domaine floral. Au niveau institutionnel, nous étions ouverts à cette possibilité, mais il s’agissait avant tout d’une question d’organisation. Finalement, cela a pu se faire sans complications», explique la responsable. Selon elle, la jeune ASSC a beaucoup de qualités: «Audrey est très organisée, minutieuse et sait ce qu’elle veut. Elle a aussi un grand talent artistique et aime ce qui est beau et bien fait», énumère Priscilla Bozzini. Avant d’évoquer ses atouts sur le plan humain: «C’est aussi quelqu’un qui est très à l’écoute de l’autre et qui va tout mettre en œuvre pour répondre à ses besoins.»

Outre le soutien de sa supérieure, Audrey Perrottet peut aussi compter sur la compréhension et la bienveillance de ses collègues: «Elles connaissent ma passion pour les fleurs et sont contentes pour moi. Certaines me demandent parfois des conseils. C’est aussi le cas de ma cheffe qui m’a demandé un jour ce qu’il se passait avec l’orchidée qui se trouvait sur son bureau», raconte l’ASSC à la main verte, visiblement ravie. Ses clientes et ses clients sont également avides d’astuces en la matière, car la plupart savent que la soignante de 29 ans est aussi fleuriste. «Lors de mes visites, cela fait partie de nos sujets de conversation. D’ailleurs, je les complimente lorsque que je vois chez eux une belle plante posée sur une table», s’amuse Audrey Perrottet.

Flora Guéry